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Brigitte Langevin

De la couchette au grand lit

Tout d’abord, rappelons-nous que le lit de bébé n’est plus sécuritaire dès que l’enfant tente d’enjamber le rebord de sa bassinette. Lorsque l’enfant a tout au plus 24 à 30 mois, les parents devraient opter pour un lit accueillant le matelas de la couchette, l’enfant s’y sent moins perdu et le lit est généralement bas sur pattes. Il n’est pratiquement pas nécessaire d’ajouter des côtés amovibles adaptables à ces petits lits sans barreaux, car si l’enfant dégringole en bas du matelas, le risque de blessure est carrément absent. Certains enfants se retrouvent couchés par terre au réveil le matin et ils ne s’en rendent même pas compte.

Lorsque les enfants sont couchés pour la première fois dans leur lit de grand, certains s’y adaptent dès la première nuit. Cependant, d’autres deviennent anxieux et ne trouvent plus le sommeil aussi facilement, comme ils le faisaient auparavant.

Et l’oreiller?
Pas avant un an assurément. En général, les enfants bougent tellement dans leur bassinette (on les retrouve les pieds à la tête et la tête aux pieds), qu'on suggère l'oreiller seulement lorsque l'enfant passe de la couchette au grand lit. Contrairement aux adultes, les bébés ne sont pas inconfortables sans oreiller. Ils ont une souplesse vertébrale que nous perdons malheureusement en vieillissant.

Pour l’enfant craintif, la première étape est de bien le préparer. La meilleure façon est de l’informer avec une grande fierté qu’il dormira bientôt dans un lit de grand. Mettre l’accent sur la fierté ressentie l’encouragera à faire l’effort qu’il faut pour s’adapter. L’idéal est de pouvoir conserver les deux lits (la couchette et le lit de grand) dans la même pièce et d’alterner les dodos de nuit sur plus d’une semaine : une nuit dans la couchette, une nuit dans le lit de grand. Les enfants faisant leurs siestes à la maison peuvent apprivoiser le nouveau lit durant ces moments et dormir la nuit dans leur couchette, pour débuter. La deuxième semaine, on pourra commencer à alterner pour les dodos de nuit.

Attitude
Cependant, en tant que parent, il faut absolument éviter d’adopter un comportement anxieux. Certains parents craignent que l’enfant tombe du lit, qu’il se sente perdu dans un trop grand lit ou encore qu’il soit trop tôt pour le laisser dormir dans ce nouveau lit. Certains vont même jusqu’à s’étendre avec l’enfant lors du coucher le soir croyant lui faciliter son endormissement. Ces attitudes laisseront croire à l’enfant qu’il y a un réel danger de dormir dans le grand lit. Il est donc primordial que les parents se sentent confiants dans leur démarche. Les parents calmes et sûrs d’eux maximisent leurs chances de rendre l’enfant confiant dans ce nouvel apprentissage.

Certains enfants mettent peu de temps à comprendre que de dormir dans un lit de grand leur donne l’opportunité de se relever très facilement pour aller rejoindre leur parent dans le salon ou ailleurs dans la maison.

23Comment procéder
Une des premières erreurs commises par les nouveaux parents est de penser que leur enfant est trop jeune pour comprendre. Expliquez-lui ce que vous attendez de lui, qu’il est essentiel de dormir seul dans son lit. Il a besoin de sommeil et ce petit strata¬gème le fait se coucher beaucoup trop tard, il est ainsi fatigué et bougon le lendemain. On lui donne une bonne expli¬cation et on répète les premières fois avant de le mettre au lit. Ainsi, lorsque l’enfant quitte son lit et vous rejoint, prenez-le par la main et recondui¬sez-le immédiatement. Ne montrez pas votre colère et ne discutez pas avec lui. Une simple phrase comme : Je t’aime, mais c’est l’heure du dodo pour les enfants, alors tu retournes dans ton lit et tu y restes jusqu’à demain matin. Il est important que vos mots aient du sens; l’enfant doit être convaincu de votre sérieux. S’il se relève encore, raccompagnez-le gentiment, mais fermement, et ce, autant de fois que nécessaire.

Parfois, répéter ce qu’on attend de lui devient inutile, tel un monologue connu par cœur et celui-ci continue chaque soir de capter votre attention en sortant de son lit et de sa chambre. Il faut alors passer à l’action, au lieu d’expliquer. Une stratégie très controversée est de garder la porte fermée à clef pour empêcher l’enfant de sortir de sa chambre. Elle semble efficace pour faire respecter les limites imposées par les parents, mais risque d’intensifier les peurs de l’enfant et ses problèmes de sommeil.

Une stratégie plus douce consiste à fermer la porte sans la verrouiller. Il faut lui dire : si tu te lèves, je ferme la porte; si tu restes dans ton lit, je veux bien la laisser ouverte. La porte ouverte devient alors un privilège. Voici sommairement comment appliquer cette approche :

  • Une fois l’avis donné, si au bout d’une minute, il est encore debout, recouchez-le et fermez la porte;
  • s’il se lève, maintenez la porte fermée quel¬ques instants encore de sorte qu’il ne puisse pas sortir. Vous pouvez lui parler à travers de la porte pour lui conseiller d’aller se recoucher, mais sans plus.
  • S’il se recouche, vous ouvrez la porte, qu’il continue ou non à crier.
  • S’il refuse de se coucher, vous maintenez la porte fermée pendant deux minutes, puis vous ouvrez la porte, le remettez au lit avec fermeté et repartez en refermant la porte. S’il reste couché, vous ouvrez la porte.
  • S’il se relève, vous attendez une minute de plus cette fois-ci avant d’aller le recoucher, toujours avec le même discours ferme.
  • La première nuit, ne gardez pas la porte fermée plus de cinq minutes à la fois. Cependant, n’hésitez pas à garder la porte fermée cinq minutes aussi souvent que nécessaire, jusqu’à ce que l’enfant reste couché.
  • Les nuits suivantes vous pourrez garder la porte fermée un peu plus longtemps chaque fois.
  • S’il s’endort par terre, laissez-le, ne le bougez surtout pas, couvrez-le légèrement et c’est tout.

Le but de ce comportement, est de lui donner le contrôle de l’ouverture de la porte : s’il reste dans son lit, la porte reste ouverte, elle sera fermée s’il se lève. Pendant toute cette période, une fermeté sans faille est indispensable de la part du parent. Si vous cédez, tout le travail est à recommencer depuis le début.

Une autre stratégie, particulièrement utile chez les enfants perturbés par une brisure parentale (un parent hospitalisé, un divorce, la rentrée scolaire, la garderie, un nouveau bébé à la maison, etc.) consiste à se coucher auprès de l’enfant - mais attention, pas dans son lit - à ses côtés, sur un matelas d’appoint pour le rassurer tout en permettant la séparation ultérieure. Après quelques jours de camping à côté du lit de l’enfant, le parent doit éloigner le matelas graduellement pour se retrouver finalement sur le seuil. Il faut généralement trois semaines pour arriver à faire chambre à part.

En dernier lieu, ayez confiance en les capacités de votre enfant, vous serez surpris de ce qu’il peut accomplir.

Pour en savoir plus sur le sommeil des enfants :
Comment aider mon enfant à dormir : De la naissance à l’adolescence

Brigitte Langevin,
auteure et conférencière
Auteure de cinq livres sur le sommeil et les rêves, Brigitte Langevin agit à titre de conférencière et de formatrice en CPE partout à travers le Québec dans le but d’améliorer la qualité du sommeil chez les enfants autant que chez les adultes et de comprendre les rêves. Elle est aussi conceptrice de l’atelier « La Fée des rêves raconte » pour les enfants de 3 à 8 ans, dont le but est d’aider les enfants à transformer leurs cauchemars en beaux rêves. Mme Langevin est membre de l'Association américaine pour l'étude des rêves (IASD), de l'Union des Écrivains Québécois (UNEQ), du Réseau des Femmes d'Affaires du Québec (RFAQ) et de Fondation Sommeil. Elle possède aussi une formation complémentaire dans le domaine de la Communication et du Leadership accréditée par Toastmasters International. De plus, elle est accréditée à titre de formatrice par Emploi-Québec.

Mise à jour avril 2008



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